FOCUS – TAIPEI BIENNIAL 2025

by Camille Despré //

(English version below) //

Le Taipei Fine Arts Museum accueille du 1er novembre 2025 au 29 mars 2026 la biennale d’art contemporain Taipei Biennial. Intitulée Whispers on the Horizon, cette 4e édition est conçue par le duo de curateurs Sam Bardaouil et Till Fellrath, connu notamment pour sa plateforme artReoriented lancée en 2009 et le pavillon français de la biennale de Venise en 2022. Cette édition, qui rassemble 72 artistes de 37 pays, prend pour point de départ trois œuvres ancrées dans la culture taiwanaise : le film « Le Maître de marionnettes » du réalisateur Hou hsiao-Hsien (1993) ; l’œuvre « My Kid Brother Kangxiong » (1960) de l’écrivain Chen Yingzhen et le roman « La Bicyclette volée » (2015) de Wu Ming-Yi. Ces trois œuvres agissent comme des repères de l’histoire passée de l’île. La dimension historique est reprise dans l’accrochage, faisant dialoguer les œuvres contemporaines avec des peintures d’artistes taiwanais du XXe siècle tels Chen Chin (1907-1998), Chen Cheng-Po (1895-1947) ou encore Yuan Chin-Ta (1949-). 

L’exposition s’ouvre dans le majestueux hall du musée avec trois œuvres commissionnées par la biennale. Le visiteur est accueilli par un imposant avion en carton taille réelle. Cette œuvre de l’artiste Zih-Yan Ciou (Taiwan, 1985-) est une référence au passé de Taiwan, autrefois colonie japonaise dans la première moitié du XXe siècle. Plus loin, l’installation organique Cizania du brésilien Henrique Oliveira (Brésil, 1973-) faite de contreplaqué de récupération entre en résonnance avec la brutalité de l’architecture de verre du musée. En face, la structure aérienne de l’œuvre No.1511 Mesh de l’artiste Rana Begum (Bangladesh, 1977-) s’étend, suspendue tel un paysage jouant avec la lumière, évoluant au fur et à mesure de la journée. 

L’exposition se déploie sur l’ensemble des niveaux du musée. Les trois thématiques – Marionnettes, Journal et Bicyclette – resurgissent au gré de la déambulation créant un trait d’union avec les œuvres d’artistes contemporains. Les masques des marionnettes de Yuan Chin-Ta rappellent non seulement les performances populaires mais font aussi émerger la question : que reste-t-il quand les masques tombent ? La question du temps, de la perte et du souvenir est également évoquée dans l’œuvre de Korakrit Arunanondchai (Thailande,1986-) à travers une installation multimédia qui diffuse deux films dans une usine désaffectée et dans cinéma abandonné en Thaïlande. Les singes prennent possession du lieu, donnant à l’ensemble une atmosphère presque horrifique. 

La mémoire et l’intime sont aussi des thèmes convoqués dans l’exposition avec l’artiste Ni Hao (Taiwan, 1989-) qui propose une installation autour de chaussettes achetées sur des sites de revente en ligne. Cette dernière est accompagnée de vidéos dans lesquelles l’artiste met et enlève les chaussettes, évoquant l’intimité de ceux qui les ont portées et dressant un portrait de la société contemporaine taiwanaise. Ce thème de l’intime se retrouve avec le travail de Shizuka Yokomizo (Japon, 1966-) qui filme la relation de sa mère avec les soixante-dix plantes de son balcon à Tokyo. 

Ainsi le duo de curateurs Sam Bardaouil et Till Fellrath a cherché à créer des ponts entre œuvres historiques et création contemporaine et à replacer les artistes taiwanais au cœur d’une histoire de l’art contemporain internationale. 



The Taipei Fine Arts Museum hosts the Taipei Biennial of Contemporary Art from November 1, 2025, to March 29, 2026. Titled « Whispers on the Horizon », this fourth edition is curated by the duo Sam Bardaouil and Till Fellrath, known in particular for their artReoriented platform launched in 2009 and the French Pavilion at the 2022 Venice Biennale. This edition, which brings together 72 artists from 37 countries, takes as its starting point three works rooted in Taiwanese culture: the film « The Puppetmaster » by director Hou Hsiao-hsien (1993); the work « My Kid Brother Kangxiong » (1960) by writer Chen Yingzhen; and the novel « The Stolen Bicycle » (2015) by Wu Ming-Yi. These three works serve as landmarks of the island’s past history. This historical dimension is reflected in the exhibition layout, which creates a dialogue between contemporary works and paintings by 20th-century Taiwanese artists such as Chen Chin (1907–1998), Chen Cheng-Po (1895–1947), and Yuan Chin-Ta (1949–). 

The exhibition opens in the museum’s majestic hall with three works commissioned by the biennial. Visitors are greeted by an imposing, life-size cardboard airplane. This work by artist Zih-Yan Ciou (Taiwan, b. 1985) references Taiwan’s past as a Japanese colony in the first half of the 20th century. Further on, the organic installation « Cizania » by Brazilian artist Henrique Oliveira (Brazil, b.1973), made of reclaimed plywood, resonates with the starkness of the museum’s glass architecture. Opposite, the ethereal structure of the work « No.1511 Mesh » by artist Rana Begum (Bangladesh, 1977-) stretches out, suspended like a landscape playing with light, evolving as the day progresses. 

The exhibition spans all levels of the museum. The three themes—Puppets, Diary, and Bicycle—recur as visitors wander through the exhibition, creating a link with the works of contemporary artists. Yuan Chin-Ta’s puppet masks not only evoke popular performances but also raise the question: what remains when the masks come off? The themes of time, loss, and memory are also explored in the work of Korakrit Arunanondchai (Thailand, b. 1986) through a multimedia installation that screens two films in a disused factory and an abandoned cinema in Thailand. Monkeys have taken over the space, lending the whole setting an almost eerie atmosphere. 

Memory and intimacy are also themes explored in the exhibition through the work of artist Ni Hao (Taiwan, b.1989), who presents an installation centered on socks purchased from online resale sites. This installation is accompanied by videos in which the artist puts on and takes off the socks, evoking the intimacy of those who wore them and painting a portrait of contemporary Taiwanese society. This theme of intimacy is echoed in the work of Shizuka Yokomizo (Japan, b.1966), who films her mother’s relationship with the seventy plants on her balcony in Tokyo. 

The curatorial duo Sam Bardaouil and Till Fellrath sought to build bridges between historical works and contemporary art and to reposition Taiwanese artists at the heart of the history of international contemporary art.


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