by Erwan Jambet //
(English version below)
Art Sonje, un des centres d’art contemporains majeurs de Séoul, a présenté du 20 mars au 28 juin 2026 l’exposition Spectrosynthesis Seoul en collaboration avec la Sunpride Foundation de Hong Kong, créée en 2014 dans l’optique de promouvoir la créativité de la communauté LGBTQ+ en se focalisant notamment sur les artistes asiatiques. Si l’édition coréenne s’inscrit dans une série d’expositions similaires présentées à Taipei, Bangkok et Hong Kong, elle fait la belle part aux artistes contemporain·es queer coréen·nes, en y adjoignant une section dédiée à la collection de la Sunpride Foundation, au travers d’une grande diversité de mediums et d’esthétiques.
L’exposition, présentée comme « la première exposition institutionnelle de grande ampleur présentant l’art queer en Corée », semble empreinte d’une forme d’urgence, comme si elle hésitait entre porter un discours fort dans une société largement conservatrice vis-à-vis des droits LGBTQ+, ou se faire tentative d’institutionalisation d’une scène artistique queer vibrante et très active, qui s’expose déjà dans les lieux alternatifs, galeries et musées (cf. l’exposition Actually, the dead are not dead organisée en 2021 au Total Museum).
En dépit de son abondance – plus de 70 artistes investissent l’ensemble des espaces des quatre étages du centre d’art, y compris les locaux techniques et toilettes – et d’intentions curatoriales relativement vagues oscillant entre les thématiques identité/sexualité et mémoire/archive, l’exposition trouve une forme d’équilibre et de cohérence directement au moyen des esthétiques et discours queer des artistes. ACA project vous présente le travail et les pratiques de dix d’entre elles et eux.
Dans Spectrosynthesis Seoul, les identités queer sont formées, réimaginées, et se font sources de pouvoir. Dans Chosen Family Next Door (2025), Yang Seungwook imprime et organise sur les murs d’un petit local technique réaménagé en minuscule salon des photographies d’ami·es, connaissances, figures de la communauté queer et ex-partenaires. Ses images donnent à voir un réseau fluide de relations, et font écho à la manière dont les vécus queer peuvent enrichir la notion de famille. L’œuvre vidéo The Book 2013-2017 de Lee Jungsik montre l’artiste seul dans une pièce blanche, en train de couper et déchirer un livre, évoquant la question de la transmission de la micro-Histoire au moyen de l’oralité plutôt que de l’écrit. L’acte fait référence à son travail en tant qu’écrivain vivant avec le VIH, et à sa pratique de collecte de récits de minorités marginalisées et muselées.
Sick Seoul, une nouvelle œuvre de siren eun young jung, est montrée sur un immense écran LED. La vidéo s’intéresse à l’implication des communautés queer dans les évènements et manifestations qui ont suivi la tentative de coup d’État de l’ancien président Yoon Suk Yeol en 2024. Via l’image, le son et le mouvement, elle explore la manière dont de la mobilisation peut naître un corps collectif, un rythme partagé. L’installation et la vidéo COURAGEOUS de Ru Kim, de même que les performances collatérales, explorent la manière dont le courage implique également une faiblesse, et est réparti dans un contexte de crise environnementale, en convoquant d’hybrides créatures cherchant à résister contre et se venger des structures d’oppression.
Les mémoires individuelles et collectives, tout comme le besoin d’un archivage – même éphémère – des histoires et expériences vécues, sont au cœur des préoccupations de l’exposition. Dans les deux pièces Archive in Dirt (2019-en cours) et Untitled (Harvey) (2025-en cours), Kang Seung Lee prolonge une pratique collective consistant à couper et partage des tiges d’un cactus ayant appartenu à Harvey Milk, et que ses ami·es commencèrent à diviser et propager à la suite de son assassinat. D’autres œuvres de l’artiste dans l’exposition explorent l’histoire des communautés queers en Corée du Sud au moyen d’un important travail de recherche. L’installation d’Oh Inhwan Where He Meets Him in Seoul (2001-aujourd’hui) est une itération d’une série dans laquelle l’artiste écrit les noms de bars et clubs gays sur le sol au moyen de poudre d’encens, qui est ensuite allumée, et brûle progressivement pendant la durée de l’exposition. Certain·es reconnaîtront les noms au sol, d’autres non, mais toutes et tous inhaleront l’œuvre – tentative d’archivage et de matérialisation d’endroits d’importance pour la communauté queer qui inévitablement brûle puis disparaît. Dans l’installation Wish you were here (2020/2026) de Moon Sanghoon, inspirée des forums de discussion lesbiens, un·e visiteur·euse peut entrer dans une pièce et enregistrer un message ou un témoignage, ou bien en écouter un précédemment enregistré, et donner une matérialité éphémère – quoique toujours anonyme – à une pratique communautaire virtuelle.
Les formes, corps et sexualités queers sont enfin des thèmes communs dans l’exposition. Prayers — nippleless bitches de Mire Lee, qui avait investi le Turbine Hall de la Tate Modern de Londres en 2024, est présenté dans la section dédiée aux œuvres de la collection de la Sunpride Foundation. Elle y cite la poétesse Kim Eon-hee, en mêlant toile de jute, résine, béton et métal sur toile. Au dernier étage d’Art Sonje, des œuvres récentes de Haneyl Choi incluent des pièces en 2D et 3D en plexiglas, silicone, résine et métal. Les travaux de l’artiste, figure de la sculpture queer, s’intéressent aux frontières entre intime et extérieur, vie et mort. L’installation et la vidéo de Dew Kim prolongent les précédentes explorations par l’artiste des pratiques BDSM comme faisant partie d’une découverte de son identité sexuelle et de ses désirs, et évoquent avec humour les thèmes de l’éveil sensoriel et des jeux de pouvoir.
Art Sonje, one of Seoul’s most prominent contemporary art centers, is showing until June 28th ‘Spectrosynthesis Seoul’, in collaboration with Hong Kong’s Sunpride Foundation, established in 2014 to promote the creative history of the LGBTQ+ community with a focus on Asian artists. While being part of a series after similar exhibitions in Taipei, Bangkok and Hong Kong, ‘Spectrosynthesis Seoul’ mostly features queer Korean contemporary artists, as well as pieces from the Sunpride Foundation collection, through a wide range of media and aesthetic.
The show carries a sense of urgency: presented as “Korea’s first large-scale institutional exhibition presenting queer art”, it seems torn between making a bold statement in a largely conservative environment for LGBTQ+ rights, and attempting to institutionalize a vibrant and active queer art scene that has already thrived for years in alternative spaces, galleries and museums (e.g. Total Museum’s 2021 exhibition ‘Actually, the dead are not dead’).
In spite of the abundance – more than 70 artists taking over all four levels of the space, including technical rooms and toilets – and somewhat loose curatorial direction that seems to oscillate between themes of identity/sexuality and memory/archive, the show finds a balance and coherence through the queer aesthetics and discourses of artists themselves. ACA project introduces the works and practices of ten of these artists.
Queer identities are formed, re-imagined, and serve as sources of power in exhibited works. In Yang Seungwook’s ‘Chosen Family Next Door’ (2025), photographs of friends, relatives, queer community figures and ex-partners are printed and organized on the walls of a small technical room that has been repurposed as a tiny living room. His images portray a fluid network of relationships and allude to how queerness can expand the notion of family. Jungsik Lee’s video work ‘The Book 2013-2017’ shows the artist alone in a white room as he shreds and tears a book. The act references his work as a writer living with HIV and collecting stories from silenced and ostracized minorities. The piece questions the transmission of micro-history through oral testimony rather than written words.
‘Sick Seoul’, a new video work by siren eun young jung, is shown on a large LED screen. The piece focuses on the involvement of queer communities in the demonstrations and events that followed the 2024 declaration of martial law by ex-President Yoon Suk Yeol, and uses image, sound and movement to explore how a collective body and shared rhythm can be born from mobilization. In Ru Kim’s installation and video work ‘COURAGEOUS’, as well as accompanying performances, they explore courage, how it encompasses weakness, and its persistence in the context of the ongoing ecological crisis, through hybrid creatures that resist and seek revenge against structures of oppression.
Individual and collective memories, and a need for an archiving, even ephemeral, of queer stories and lived experiences, are also at the heart of the exhibition’s preoccupation. In his works ‘Archive in Dirt’ (2019-ongoing) and ‘Untitled (Harvey)’ (2025-ongoing), Kang Seung Lee continues a collaborative practice of cutting and sharing stems from a cactus that belonged to Harvey Milk, and which his friends started dividing and propagating after his assassination. Other works by the artist address the history of queer communities in South Korea through research-based projects. Oh Inhwan’s work ‘Where He Meets Him in Seoul’ (2001-present) is part of an ongoing series in which the artist writes the names of gay bars and clubs on the floor using incense powder, which is then lit up and slowly burns as the exhibition runs. While some visitors will recognize names and others will not, all will inhale the work, as this attempt to archive and materialize places of importance to the queer community will inevitably burn and disappear. Moon Sanghoon’s installation ‘Wish you were here’ (2020/2026) draws inspiration from anonymous online lesbian bulletin boards, and unfolds as a room where only one person at a time can enter to record a message or testimony, or listen to one that was recorded before, giving an ephemeral, yet anonymous, materiality to this form of online community.
Queer shapes, bodies and sexualities are common themes as well. ‘Prayers — nippleless bitches’ by Mire Lee, who took over the Turbine Hall at Tate Modern in London in 2024, is shown in the Sunpride Foundation Collection section. The work cites poet Kim Eon-hee’s writing, using burlap, resin, concrete and metal on canvas. On the last floor of Art Sonje, works by Haneyl Choi, a key figure of queer sculpture, include recent 2D and 3D pieces that use plexiglas, silicone, resin and metal, and allude to boundaries between the inner self and the outside world, between life and death. Dew Kim’s installation and video expand on the artist’s previous exploration of BDSM practices as part of one’s discovery of their sexual identity and desires, and delve, with humour, into themes of sensory awakening and power dynamics.
ACA project est une association française dédiée à la promotion de la connaissance de l’art contemporain asiatique, en particulier l’art contemporain chinois, coréen, japonais et d’Asie du sud-est. Grâce à notre réseau de bénévoles et de partenaires, nous publions régulièrement une newsletter, des actualités, des interviews, une base de données, et organisons des événements principalement en ligne et à Paris. Si vous aimez nos articles et nos actions, n’hésitez pas à nous soutenir par un don ou à nous écrire.
ACA project is a French association dedicated to the promotion of the knowledge about Asian contemporary art, in particular Chinese, Korean, Japanese and South-East Asian art. Thanks to our network of volunteers and partners, we publish a bimonthly newsletter, as well as news, interviews and database, and we organise or take part in events mostly online or in Paris, France. If you like our articles and our actions, feel free to support us by making a donation or writing to us.









