ESSAY – ‘TRACE’, EUNSUN HEO

by BoYoung Choi //

(English version below) //

TRACE

Le 29 octobre 2024, vers 18h30, au sein d’une galerie parisienne, l’artiste coréenne EunSun HEO (née en 1989) marche avec lenteur, versant de la cire fondue sur ses pieds sous le regard d’une trentaine de spectateurs. Cette performance, wax walk (2024) dure environ 30 minutes et consiste en des mouvements simples et répétitifs : attendre que la cire fondue, versée sur un pied, se solidifie pour prendre la forme d’une peau, la décoller pour la laisser sur le sol, et s’avancer pour répéter l’action. Ces marches à la cire, où l’artiste brûle son corps d’un liquide chaud, sont comme des actes d’automutilation ; comme une volonté ferme d’aller de l’avant malgré la douleur ; et comme une faiblesse fragile, titubante. Elles sont restées à l’état de traces, marquant son chemin. 

EunSun Heo, wax walk, live performance, 30 min, 2024, on-site photograph by BoYoung CHOI

Incontrôlable et contrôlable

EunSun HEO, née à Daegu et installée à Daejeon, en Corée, explore principalement les performances corporelles tout en élargissant sa pratique à divers médias, notamment l’installation, la vidéo, la photographie et le dessin. Elle catégorise le flux de son travail en deux thèmes : l’incontrôlable et le contrôlable1. De flavor of floating life (2017), où elle flottait tout simplement sur l’eau, à Pieces of the island part 2 (2023), où elle se déplaçait avec le vent soufflant sur l’île, et The road reaches me (2024), où elle se laissait tranquillement porter par le mouvement de la marée, EunSun a soumis son corps à des environnements incontrôlables. Rêvant de créer son propre récit au sein des lois écrasantes de la vie, elle s’est tantôt laissée emporter par la nature, tantôt mise en mouvement pour manifester sa petite existence. Pourtant, quelle que soit l’orientation de ces choix, leur destinée est toujours de se fondre dans l’immensité de la nature. 

Si elle est pleinement consciente de cette issue et l’accepte, EunSun élabore un espace contrôlable en manipulant des matériaux souples, notamment le coton, la cire et le tissu. Ce flux, dont témoignent les séries en cire telles que la performance wax walk et Portrait of a Woman (2024) présentées dans la même exposition2, ainsi que sa série sur le coton, est fondé sur des souvenirs et des émotions personnels particuliers. Ces pratiques artistiques relatives au contrôlable, qui reposent sur des objets concrets et des récits personnels, sont en équilibre fragile avec celles relatives à l’incontrôlable, qui peuvent sembler ambiguës en raison de leur caractère universel. 

En 2018, après la fin du mariage qui l’a amenée à Daejeon, EunSun ressent fortement la pression de suivre le schéma pré-établi pour les femmes, les attentes de la société et les inégalités inhérentes à la vie. Peu de temps après, en rangeant la maison de sa grand-mère, elle découvre l’édredon du trousseau de cette dernière. Cette couette en coton, cousue à la main par sa grand-mère à l’époque de son mariage, portait l’histoire d’une femme qui avait consacré sa vie à sa famille3. EunSun l’a choisie comme objet central de sa pratique artistique. La série sur le coton a commencé avec cotton 1 (2019), qui impliquait de retirer et de défaire la housse, et s’est poursuivie avec cotton 2 (2019), qui consistait à faire tremper dans l’eau la couche intérieure de l’édredon avant de l’endosser pour en supporter le poids. À chaque fin de performance, la couette était apportée à un atelier de cardage4 pour être nettoyée avant d’être réutilisée. Cette dynamique, qui lie étroitement événements personnels et pratiques artistiques, est ancré dans la sensibilité de l’artiste pour la vie des femmes, y compris la sienne et celle de sa grand-mère.

Les œuvres d’EunSun, de plus en plus empreintes de féminisme, ont cependant commencé à s’orienter vers les émotions universelles de la perte et du deuil à la suite des décès consécutifs de sa grand-mère et de son frère aîné aux alentours de 2021. Ces successions inattendues de pertes d’êtres chers l’ont amenée à s’appuyer sur des éléments immuables et inébranlables5, et à renouer avec l’incontrôlable. Les œuvres de cette période, dont Tilted ocean (2022) et Tilted dawn (2022), où elle traverse simplement une mer inclinée à l’aube, reflètent ses efforts pour se guérir et trouver un endroit où respirer en s’appuyant sur la nature.

Ainsi, EunSun se place dans l’incontrôlable pour parler des principes universels de la vie, tout en façonnant le contrôlable pour dépeindre les histoires personnelles des femmes. Cependant, tout comme « le personnel est le politique »6, le personnel et l’universel se rejoignent inévitablement, et ces deux champs distincts convergent naturellement en un seul. En 2023, elle découpe un morceau de la couette en coton, qui a existé autrefois dans son intégralité, et se rend en Nouvelle-Zélande. À travers la performance Pieces of the island 1 (2023), où elle enveloppe des personnes du public dans le morceau d’édredon pour respirer avec elles, et Pieces of the island 2 (2023), où elle affronte le vent venant de l’île aux côtés des spectateurs, elle entraîne les autres dans des gestes qui étaient restés jusqu’alors individuels. Comme le dit EunSun, « les expériences qu’[elle a] vécues n’avaient rien de spécial » ; ces expressions intuitives d’émotions, bien qu’elles paraissent simples, semblent dire que la seule chose que nous puissions faire est de continuer à vivre ensemble dans ce monde7.

EunSun Heo, Portrait of a Woman, 50 x 65 cm, pigment ink on fine art paper, 2024, Photo courtesy of the artist

Ce qui reste et ce qui est fait pour durer

La marche à la cire dont les empreintes sur le sol ressemblent à de la peau, a été réalisée dans le cadre d’un processus de libération émotionnelle et de guérison trouvant ses racines dans des événements personnels, le regard de l’artiste se tournant vers l’extérieur, vers les autres. A night woman (2024), accrochée au mur de l’espace où la performance a commencé, est un enregistrement photographique d’une performance au cours de laquelle, après avoir ajouté des morceaux de l’édredon en coton de sa grand-mère à de vieilles couettes rangées dans une armoire, EunSun s’est glissée et s’est recroquevillée sous celui-ci, et en a supporté le poids pendant une période prolongée. Si le fait d’endurer le poids de l’édredon peut rappeler ses précédentes œuvres en coton, A night woman est la première œuvre à intégrer le récit concret d’une parfaite inconnue – une femme qui ne pouvait devenir la personne qu’elle désirait vraiment être uniquement la nuit, car ses journées étaient consacrées à sa famille. En regardant EunSun marcher tout en versant de la cire fondue sur ses pieds, laissant derrière elle l’image d’elle-même comprimée sous le poids de l’édredon, j’ai réfléchi à ce qui reste derrière soi et à ce qui est fait pour durer. 

Si EunSun continue d’utiliser la performance comme principal mode d’expression, c’est pour sa présence, qui se limite à la mémoire du public assistant à l’événement, avant de disparaître. Cependant, l’impossibilité de performer pendant la pandémie de COVID-19, qui a coïncidé avec la disparition de ses proches, a permis à EunSun d’aller au-delà de la mémoire et de réfléchir au rôle de la documentation. Jusqu’alors, elle avait considéré la documentation comme un complément, mais depuis, EunSun a entrepris de revaloriser son rôle en incorporant des photographies, des dessins et des objets dans les comptes rendus de ses performances. Portrait of a Woman, également exposé aux côtés de ses œuvres, est une photographie qui présente des restes de bougies brûlées et fondues utilisées dans ses performances précédentes, sur un fond noir. L’installation du même nom rassemble des bougies fondues, également utilisées dans les œuvres, attachées avec du fil et suspendues dans des formes allongées. Écartant le regret de ne pas pouvoir exister dans le temps présent aux côtés de son public, EunSun a utilisé ce qui restait de ses performances pour créer de nouvelles significations. La mémoire est ce qui reste, tandis que la documentation est ce qui est fait pour durer. Dans ce cas, les traces laissées par chaque pas de la marche à la cire sont-elles quelque chose qui reste, ou quelque chose d’intentionnellement fait pour durer ?

De la mémoire à l’enregistrement, de l’enregistrement à la mémoire

Le travail d’EunSun HEO est suffisamment intuitif pour ne nécessiter que peu de temps d’interprétation. Contrairement aux œuvres d’art contemporain typiques qui accumulent couches sur couches, son travail clair et direct, bien qu’il puisse être critiqué pour son caractère fragmenté ou plat, facilite l’expansion de la mémoire à l’enregistrement. Plus le sens est profond, plus les réponses instinctives sont retardées. Au contraire, ses œuvres entrent immédiatement en résonance avec les émotions du public et évoquent des souvenirs enfouis. Le public comprend intuitivement ses œuvres et se souvient facilement d’expériences passées grâce aux structures symboliques conventionnelles employées par EunSun – telles que la couette en coton et la vie traditionnelle des femmes, la cire en train de fondre et son association avec la douleur et le sacrifice, l’acte de marcher et le cheminement de la vie, le vent qui symbolise les événements de la vie ou le destin. Cette connexion émotionnelle se produit même avec les œuvres réalisées à partir d’autres médiums, où le public n’est pas n’est pas immédiatement présent pour aider à éteindre l’incendie dans la maison d’EunSun8, en raison de l’inévitable décalage temporel entre le créateur et le public. Tout naturellement, cette évocation de la mémoire s’intègre dans son œuvre, laissant derrière elle de nouveaux souvenirs. Ainsi, la pratique d’EunSun HEO navigue dans l’espace entre la mémoire et l’enregistrement, entre ce qui reste et ce qui est fait pour durer.

EunSun Heo, wax walk, live performance, 30 min, 2024, On-site photograph – Courtesy of the artist

La trace

Pour Jacques Derrida, la trace se situe au seuil de la présence et de l’absence. Une trace n’est pas seulement un vestige du passé ; elle jette un pont entre le passé et le présent, entre le présent et l’avenir, créant ainsi la possibilité de faire émerger de nouvelles significations. L’édredon de la dot, trace de sa grand-mère, évoque à la fois son absence et sa présence, pesant sur les épaules d’EunSun. Les traces de cire fondue laissées au bout des pas d’EunSun resteront comme un autre portrait de femme, évoquant le temps disparu qui n’existait que dans les souvenirs de ceux qui étaient présents à ce moment-là, tout en générant de nouvelles significations. EunSun a choisi de ne pas construire des couches de sens, mais plutôt d’invoquer continuellement l’absence du passé, en empilant le temps sur lui-même. Le temps de la grand-mère est devenu celui d’EunSun, et sur le temps d’EunSun s’est superposé le temps d’une femme qui ne vivait que la nuit. Tout comme EunSun a fait remarquer qu’elle n’hésiterait pas à utiliser un autre édredon en coton si celui fragmenté de sa grand-mère ne pouvait plus être utilisé9, les couches du temps se superposent simultanément à de nouvelles significations de l’existence et ne cessent de renaître.

Où, en fin de compte, EunSun essaie-t-elle d’arriver ? Une fois de plus, je me souviens de l’incontrôlable et du contrôlable. La mémoire est délaissée sans contrôle, mais la documentation est intentionnellement laissée sous contrôle. De même que les œuvres d’EunSun qui traitent de l’incontrôlable universalité de la vie s’entrelacent avec celles qui explorent le contrôlable et l’individuel, la mémoire devient enregistrement, et l’enregistrement se transforme en mémoire partagée. Les traces d’EunSun, elles aussi, ont commencé à disparaître mais sont restées, sont restées mais disparaîtront, et pourtant perdureront. Dans la simultanéité de la présence et de l’absence, le temps et le sens sont sans cesse différés, reportés et redéfinis, donnant continuellement naissance à de nouvelles créations. En explorant la complexité de ces traces, EunSun semble simplement espérer que les émotions et les souvenirs anodins qu’elle a gardés puissent avoir une résonance infime et pourtant significative pour quiconque dans ce monde inéluctable.

Essai de BoYoung Choi, critique d’art, Février 2025

Notes

1 Entretien avec l’artiste sur Google Meet le 28 novembre 2024

2 Exposition de la Résidence Lee Ungno Paris, Du Lait Sous Mes Pieds, Galerie Vazieux, Paris, France, du 29 octobre au 02 novembre 2024

3 Entretien avec l’artiste sur Google Meet le 28 novembre 2024

4 Il s’agit d’un atelier traditionnel coréen où l’on enlève les impuretés des fibres ou du vieux coton, et où l’on démêle et ébouriffe le coton pour le rendre propre et ordonné.  

5 Entretien avec l’artiste sur Google Meet le 28 novembre 2024

6 Ce slogan du mouvement féministe des années 1960 révèle comment les expériences personnelles sont liées aux structures sociales et politiques.

7 Cotton Tower – What Can We Do, Just Keep Living, 2024, Daejeon Performance Art Festival (DPAF)

8 EunSun a décrit ce moment de connexion avec le public comme étant comparable à l’aide apportée pour éteindre un incendie dans sa maison. Entretien avec l’artiste sur Google Meet le 28 novembre 2024.

9 Ibid. 


EunSun HEO’s Profile, Photograph courtesy of the artist

TRACE

Inside a Parisian gallery on October 29, 2024, at around 6:30 PM, EunSun HEO (b. 1989), a Korean female artist, walked slowly, pouring molten wax onto her feet as around 30 spectators looked on. This performance, wax walk (2024), lasted approximately 30 minutes and consisted of simple, repetitive movements: waiting for molten wax, poured onto one foot, to solidify into the shape of skin, peeling it off to leave on the floor, and stepping forward to repeat the action. These wax walks existed as acts of self-harm, searing her body with hot liquid; as a firm will to move forward despite the pain; and as a fragile weakness, staggering. They lingered as traces, marking her path. 

Uncontrollable and Controllable

EunSun HEO, born in Daegu and based in Daejeon, Korea, primarily explores body-based performances while expanding her practice to various media, including installation, video, photography and drawing. She categorizes the flow of her work into two themes: the uncontrollable and the controllable1. From flavor of floating life (2017), where she simply floated on flowing water, to Pieces of the island part 2 (2023), moving together with the wind striking the island, and The road reaches me (2024), quietly receiving the time of the tide while waiting for the ebb, EunSun placed her body within uncontrollable environments. Dreaming of creating her own narrative within the overwhelming laws of life, she either let herself flow with nature or moved to reveal her small existence. Yet, regardless of the direction of these choices, their conclusion was always destined to merge with the vastness of nature. 

While EunSun is fully aware of and accepts this conclusion, she constructs a controllable realm by manipulating flexible materials including cotton, wax, and cloth. This flow, exemplified by wax series such as the wax walk performance and Portrait of a Woman (2024), presented in the same exhibition2, as well as her representative cotton series, is rooted in specific personal memories and emotions. Proposing concrete objects and personal narratives, these artistic practices regarding the controllable precariously balance with those regarding the uncontrollable, which may appear ambiguous due to their universal nature. 

In 2018, after the end of the marriage that brought her to Daejeon, EunSun strongly felt the pressure to follow the pre-set path for women, societal expectations, and the inherent inequities of life. Not long after that, while cleaning out her grandmother’s house, she discovered her grandmother’s hope chest quilt. This cotton duvet, hand-stitched by her grandmother at that time of her marriage, was carrying the story of a woman who devoted her life to family3, so she chose it as a primary object in her artistic practice. The cotton series began with cotton 1 (2019), which involved removing and dismantling the cover, and continued with cotton 2 (2019), where the inner layer of the cotton duvet was soaked in water and shouldered to endure its weight. Every time a performance ended, she took the cotton quilt to a cotton carding workshop4 to be refreshed before reusing it. This flow, where personal events and artistic practices are closely interconnected, is rooted in the artist’s empathy for the lives of women, including her own and her grandmother’s.

However, EunSun’s works, which had increasingly carried feminist undertones, began to move in a direction which touched upon the universal emotions of loss and mourning following the successive deaths of her grandmother and her older brother around 2021. These unexpected successive losses of her loved ones led her to lean on unchangeable and unwavering things5, and she returned to the uncontrollable. Works from this period, including Tilted ocean (2022) and Tilted dawn (2022), where she simply walks through a slanted sea and dawn, reflect her self-healing efforts to find a place to breathe by relying on nature.

In this way, EunSun places herself within the uncontrollable, to speak of life’s universal principles while shaping the controllable to depict the personal stories of women. However, just as ‘the personal is the political’6, the personal and the universal are inevitably intersected, and these two separate terrains naturally converge into one. In 2023, she cut out a piece of the cotton duvet, which once existed as a whole, and traveled to New Zealand. Through the performance Pieces of the island 1 (2023), where she embraced the audience within the piece of cotton quilt, to share breaths together, and Pieces of the island 2 (2023), where she faced the wind blowing from the island alongside the audience, she draws others into gestures that had previously remained on a personal level. As EunSun said, “the experiences (she) went through were nothing special”, these intuitive expressions of emotion, though they may seem simple, appear to say that this is simply what we can do, just keep living in this world together.7

EunSun Heo, wax walk, live performance, 30 min, 2024, on-site photograph by BoYoung CHOI

What Is Left and What Is Made to Last

The wax walk, which left skin-like traces on the ground with each step, was performed through a process of emotional release and healing rooted in personal events, the artist turning her gaze outward toward others. A night woman (2024), hung on the wall of the space where the performance began, is a photographic record of a performance in which EunSun added pieces of her grandmother’s cotton quilt to the old duvets stored in a wardrobe, crawled underneath it, and endured its weight for an extended period in a curled-up position. While the act of enduring the weight of the quilt may seem reminiscent of her earlier cotton works, A night woman is the first piece to incorporate the concrete narrative of a complete stranger—a woman who could only become the person she truly wished to be at night, as her days were defined by a life dedicated to her family. Watching EunSun walking while pouring molten wax onto her feet, leaving behind the image of herself compressed under the weight of the quilt, I reflected on what is left behind and what is made to last. 

The reason EunSun has continued to use performance as her primary mode of expression is its presentness, existing only in the memories of the audience present at that moment before disappearing. However, the impossibility to perform during the COVID-19 pandemic, which coincided with the loss of her family, became an opportunity for EunSun to move beyond memory and reflect on the role of documentation. Until that point, she had treated documentation as supplementary, but from this point onward, EunSun began to elevate the role of documentation by incorporating photographs, drawings, and objects into the records of her performances. Portrait of a Woman, also exhibited alongside her works, is a photographic piece that features remnants of burnt and melted candles used in her previous performances, set against a black background. The installation of the same name similarly displays melted candles, also used in the works, tied together with thread and hanging in elongated forms. Setting aside the regret of not being able to exist in the present alongside her audience, she used what was left from her performances to create new meanings. Memory is what is left, while documentation is what is made to last. In that case, are the traces left by each step of the wax walk something that remains, or something intentionally made to last?

From Memory to Record, From Record to Memory

EunSun HEO’s work is intuitive enough that it requires little time for interpretation. Unlike typical contemporary artworks that build layers upon layers, her clear and straightforward work, though it may invite criticism for being fragmented or flat, facilitates the expansion from memory to record. The deeper the meaning, the more instinctive responses are delayed. In contrast, her work immediately resonates with the audience’s emotions and evokes buried memories. The audience intuitively understands her works and easily recalls past experiences through the conventional symbolic structures EunSun employs—such as the cotton duvet and traditional women’s lives, the melting wax and its association with pain and sacrifice, the act of walking and the journey of life, and the wind symbolizing life’s events or fate. This emotional connection occurs even in works of other mediums, where audiences are not immediately present to help extinguish the fire in EunSun’s home8, due to the inevitable temporal gap between the creator and audience. And naturally, this evocation of memory becomes integrated into her work, leaving behind new memories. In this way, EunSun HEO’s practice drifts in the space between memory and record, between what is left and what is made to last.

Film still from EunSun Heo, A night woman, performance video, 1080 x 1920, 3 minutes 34 seconds, 2024, Photo courtesy of the artist

Trace

For Jacques Derrida, a trace exists on the threshold of presence and absence. A trace is not merely a remnant of the past; it bridges the past and present, the present and future, creating the possibility for new meanings to emerge. The dowry quilt, a trace of her grandmother, simultaneously evoked her absence and presence, weighing on EunSun’s shoulders. The traces of molten wax left at the end of EunSun’s steps will remain as another portrait of a woman, evoking the vanished time that existed only in the memories of those present in the moment, while generating new meanings. EunSun chose not to build layers of meaning but instead to continually invoke the absence of the past, stacking time upon itself. The grandmother’s time became Eun-Sun’s, and upon Eun-Sun’s time, the time of a woman who lived only at night overlapped. Just as EunSun noted that she would not hesitate to use another cotton quilt if her grandmother’s fragmented cotton duvet could no longer be used9, the layered time simultaneously overlays new meanings of existence and is endlessly reborn.

Where, ultimately, is EunSun trying to reach? Once again, I am reminded of the uncontrollable and the controllable. Memory is left behind beyond control, but documentation is intentionally left under control. Just as EunSun’s works addressing the uncontrollable universality of life intertwine with those exploring the controllable and individual, memory becomes record, and record transforms into shared memory. Eun-Sun’s traces, too, began from disappearance yet remained, have remained yet will vanish, and yet again will endure. Within the simultaneity of presence and absence, time and meaning are endlessly deferred, postponed, and redefined, continuously giving rise to new creations. Exploring the complexity of these traces, EunSun seems to simply hope that the trivial emotions and memories she has held onto may carry a small yet meaningful resonance for someone in this inevitable world.

An essay by BoYoung Choi, art critique, February 2025

 Footnotes

1 Interview with the artist, November 28, 2024, via Google Meet

2 Paris Lee Ungno Résidence, ‘Du Lait Sous Mes Pieds’, Galerie Vazieux, Paris, France, 2024.10.29. – 2024.11.02

3 Interview with the artist, November 28, 2024, via Google Meet

4 A traditional Korean workshop where dockage is removed from clumped or old cotton, and the cotton is untangled and fluffed to make it neat and tidy. 

5 Interview with the artist, November 28, 2024, via Google Meet

6 A slogan from the 1960s feminist movement, reveals how personal experiences are tied to social and political structures.

7 ‘Cotton Tower – What Can We Do, Just Keep Living’, 2024, Daejeon Performance Art Festival (DPAF)

8 EunSun described the moment of connection with the audience as being akin to helping her put out the fire in her home. Interview with the artist, November 28, 2024, Google Meet conversation.

9 Ibid. 


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